17 juin 2021

La femme sacrée – Michel de Grèce

La femme sacrée est un roman historique de Michel de Grèce. Il raconte l’histoire de Lakshmi. Cette femme fut la Souveraine de Jansi, petit état de l’Inde, de 1853 à 1858 . Elle devient la chef de file et l’idole de la révolte des cipayes pour protéger son peuple.

Genre : Récit historique

Éditions : Olivier Orban – 1984

Auteur : Michel de Grèce

Pitch de La Femme Sacrée.

Lakshmi hérite de la régence de l’état de Jansi, suite à la mort brutale de son mari, le Rajah de Jansi. Femme soumise, elle pense enfin trouver la liberté et un destin digne de ses ambitions. Mais elle doit rapidement composer avec la présence des Anglais, qui refusent de reconnaître la légitimité de son pouvoir et prennent possession de Jansi. La révolte gronde autour d’elle. Exilée dans un palais à la limite de la ville, Lakshmi ne veut pas y prendre part, malgré le manière dont est traitée et humilié son peuple. Car elle craint les représailles des Anglais. Et peut-être que l’intérêt qu’elle porte à l’un d’eux participe de cette décision.

Mais les chefs de la révolte viennent d’eux-mêmes chasser les Anglais de Jansi. Il s’ensuit un affreux bain de sang dont Lakshmi sera tenue pour responsable. Elle tente de se maintenir en place, mais ne peut résister à la vengeance des Anglais qui viennent reprendre Jansi, obligeant Lakshmi à la fuite et à la rébellion.

Les personnages de La Femme Sacrée

Lakshmi

La Rani de Jansi-1859
La Rani de Jansi-1859

D’origine roturière, Lakshmi est mariée à 12 ans au Rajah de Jansi qui en a alors 40. Malheureusement, elle ne peut lui donner d’héritier. Le Rajah lui en veut et la délaisse, malgré sa beauté, son attirance et son élégance. Il se consacre à d’autres plaisirs, se travestissant souvent en femme dans des pièces de théâtre. Au point de laisser penser à sa femme qu’il est plus attiré par les hommes. Toujours est-il que Lakumi vit cloîtrée dans le purdah, ce quartier des femmes, dont elle ne peut littéralement pas sortir. Elle a atteint 25 ans au début de l’histoire.

Damodar

Fils adoptif du Rajah et de la Rani de Jansi, il n’a qu’un rôle symbolique, mais néanmoins indispensable, puisque toute la régence de Lakshmi vient en réalité de lui. Lakshmi fait ainsi tout son possible pour préserver le royaume afin de le transmettre à son fils adoptif qu’elle aime comme une mère.

Robert

Robert est un beau jeune homme Anglais de 25 ans. Après des études de droit à Oxford, son désir de voir du pays le pousse à postuler à la Compagnie des Indes à Calcutta. Cette dernière accepte sa candidature et l’affecte à Jansi, selon son propre désir. Il est logé chez un médecin et sa femme, disposant d’une vaste demeure pour l’accueillir. Par respect pour l’ancienne souveraine, il demande audience à l’ancienne Rani de Jansi. Elle le reçoit, cachée derrière un rideau, respectant ainsi la tradition vis-à-vis de cet étranger qu’elle ne connaît pas. Mais le voile levé pendant quelques secondes par Damodar lui permet d’admirer la beauté admirable de cette reine.

Résumé de La Femme Sacrée

De la prison à la régence

L’histoire débute en 1853 par la cérémonie d’adoption d’un fils par le Rajah Gangadhar Rao, septième Rajah de Jansi. Cette pratique courante permettait de pouvoir transmettre son royaume, sans risquer l’annexion par un état ou une puissance voisine. Mais le rajah meurt mystérieusement le soir même d’un crise de dysenterie. Conformément au testament de ce dernier, Lakshmi hérite de la régence. Elle se sent enfin libérée de la prison dans laquelle elle vivait jusqu’à présent.

La Rani de Jansi prend rapidement les rênes du pouvoir, avec douceur, bienveillance, mais fermeté. Rompant le protocole et la tradition, elle décide de se montrer à visage découvert aussi bien à ses ministres qu’à ses sujets. Voulant ainsi se montrer proche et accessible à tous. Elle se heurte rapidement à l’opposition de Sadasheo. Ce dernier est un cousin du rajah et prétendant au trône. Il conteste la légitimité du pouvoir de Lakshmi.

À la fois par diplomatie et pour obtenir protection, elle demande au Gouverneur Anglais à Calcutta de bien vouloir reconnaître l’adoption de son fils et par conséquent sa régence. Dans le même but, elle conclue également une alliance avec sa plus proche voisine la Raji d’Orcha, par l’intermédiaire de son Diwan, l’équivalent du Premier ministre, Naransin. Ce dernier profite d’une audience intime pour faire des avances à la reine et lui déclarer son amour, mais se fait éconduire.

La destitution et l’oisiveté

Mais le règne et les jours heureux de Lakshmi sont de courte durée. La réponse des Anglais ne se fait pas attendre. À peine quelques mois après son début de régence, ils refusent de reconnaître la succession et annexent purement et simplement la province de Jansi. Elle pense tout d’abord résister et se défendre. Mais les troupes stationnées devant Jansi et ses conseillers la découragent rapidement de tenir tête aux Anglais. Lakshmi doit se résoudre à abandonner son trône, ainsi que tous ses biens, ses richesses et ses bijoux.

Elle se morfond dans un palais secondaire situé en dehors de la ville, et écoute impuissante les récriminations de ses sujets contre les Anglais. Et la poursuite de l’annexion délibérée par ces derniers des autres provinces et états de l’Inde.

La visite de Robert va profondément troubler la reine, au point qu’elle va tomber amoureuse de lui. Ils vont se revoir régulièrement et partager leur amour, malgré la distance qui les sépare. Malgré son désir, elle ne peut pas se permettre de laisser aller à un amour physique avec cet étranger.

La révolte gronde

Cipayes à Pondicherry - 1905
Cipayes à Pondicherry – 1905

La révolte commence à gronder autour d’elle. Les cipayes, ces militaires indiens à la soldes des Anglais, ne supportent plus le traitement que les Anglais leur infligent. Et notamment l’obligation de mordre dans des cartouches enveloppées par un mélange de graisse de vache et de graisse de porc, avant de les introduire dans le canon. Ce qui est un crime contre leur foi, aussi bien pour les hindous que pour les musulmans.

Lakshmi cherche à savoir qui sont le ou les meneurs de cette rébellion. Son ami d’enfance, Nana Sahib, ancien Rajah d’une province voisine, vient lui rendre visite. Elle apprend de sa bouche qu’il en fait partie et il lui demande de prendre la tête de la révolte avec lui. Mais elle refuse, par crainte de la répression des Anglais dont elle devine la force militaire et pour protéger son peuple.

Prudente, elle réunit une armée clandestine, « au cas où » comme elle le dit elle-même. Avec l’aide d’un de leur chef le Sangar Singh, elle recrute des bandits, des clandestins qui viennent rôder autour de son palais.

La révolte prend de l’ampleur. Dehli et d’autres villes importantes tombent aux mains des insurgés.

De nouveau reine

Les rebelles menés par diverses factions tentent de prendre Jansi. L’ancienne reine est ainsi prise entre deux feux. Elle est sollicitée par les insurgés pour se mêler à la révolte. Et d’autre part, les Anglais lui demande de prendre soin de Jansi, alors qu’ils ne peuvent la défendre eux-mêmes. Mais elle refuse de s’associer aussi bien avec les uns qu’avec les autres. Les insurgés finissent par prendre possession du fort tenu par les Anglais. Ils rassemblent les Anglais et les font prisonniers. Puis, ils les massacrent dans un horrible carnage, y compris Roger. Et ce, malgré la promesse qu’ils avaient faite. Les Anglais tiendront par la suite Lakshmi responsable de cette exaction, alors qu’il n’en est rien.

Toujours est-il que les rebelles ne peuvent demeurer à Jansi, et qu’ils redonnent son trône à Lakshmi. Cette dernière se met tout de suite pour reformer son gouvernement et relancer les affaires de la ville. Elle nomme notamment Akbar, anciennement chef de sa cavalerie, chef de ses armées. Elle va peu à peu se rapprocher de lui, et devenir de plus en plus intime, au point d’en faire son amant.

Et alors que la révolution subit des victoires et des défaites, la Rani de Jansi devient rapidement une figure emblématique de la révolte. Une de leur chef de file musulman, Firoz Shah, vient faire une halte à Jansi. Et sa prestance et sa séduction finit par détrôner Akbar dans son cœur et dans sa couche.

Son répit est de courte durée. Les Anglais, forts de nouvelles troupes venues directement d’Angleterre viennent reprendre possession de Jansi. Malgré une résistance héroïque, les forces de la reine ne sont pas en mesure de tenir tête aux Anglais. Lakshmi se retrouve ainsi contrainte de prendre la fuite pour sauver sa vie et celle de son fils.

L’exil

La Rani de Jansi en tenue de cavalière
La Rani de Jansi en tenue de cavalière

Lakshmi prend alors le maquis et n’a plus d’autre choix que se joindre à la révolte. Elle s’allie alors aux autres chefs de la rébellion. Et devient malgré elle l’idole et la chef de file de la révolte de cipayes. Mais son statut de femme ne lui permet pas d’avoir entière autorité sur eux. Ils tentent plusieurs actions d’éclat, mais leur mésentente les fait capoter. Lakshmi tente d’entraîner ses troupes à une discipline militaire et à une obéissance plus stricte. Elle incite les autres chefs de guerre à faire de même, mais en vain. Après quelques actions d’éclat héroïques mais infructueuses, la Rani se jette dans un guet-apens où elle trouvera la mort.

L’intrigue et le style de La Femme Sacrée

Toute l’histoire repose sur le personnage de Lakshmi que nous suivons de bout en bout. Nous suivons les tribulations de cette femme d’origine modeste, devenue reine. Et qui n’a plus ensuite qu’une seule idée, de garder le trône pour le bien-être de ses sujets. Toute la partie historique, bien qu’extrêmement présente et parfaitement documentée, ne prend jamais le dessus sur l’intrigue. Et c’est là que réside la grande force et la grande réussite du roman. Nous nous intéressons pendant tout le long du récit aux véritables aventures de cette héroïne malgré elle. Et les événements ont fini par la faire entrer dans la légende comme une femme d’exception.

Le style est parfaitement équilibré. Les descriptifs, relativement détaillés, ne prennent jamais le pas sur les dialogues parfaitement ciselés et maîtrisés. Les différentes intrigues secondaires, comme les amours de Lakshmi s’insèrent naturellement dans le déroulement global du récit.

La Femme Sacrée

Bien qu’inspiré de faits réels, et surtout parfaitement documentés, l’intrigue de la Femme Sacrée est tout à fait bien menée. Portée par le personnage charismatique de Lakshmi, Michel de Grèce ne nous laisse pas une seconde de répit dans ce récit haletant qui ne cède en rien à la valeur historique du témoignage qu’il porte sur les événements. Ses recherches et la précision des descriptions historiques semblent attester de la véracité de tous les événements évoqués dans le roman. C’est en tout cas la profession de foi que fait l’auteur à la fin du roman.

Une réussite impeccable et un modèle du genre, dans lequel excelle et révèle à la fois ses talents d’historien et de romancier dans un style fluide, détaillé, précis et légèrement recherché.

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