13 juillet 2021

L’importance de la routine d’écriture

L’écriture est un peu comme un sport, cela demande de l’entraînement, et pour cela, il est important d’être régulier et de se créer une routine d’écriture. C’est un peu comme faire ses gammes ou ses échauffements. Cela conditionne le cerveau à une activité bien précise : celle d’écrire. Alors attention, cela n’a rien à voir avec les étapes préparatoires pour écrire un roman. Mais alors, qu’est-ce qu’une routine d’écriture ? À quoi ça sert ? Et comment la mettre en place ?

A/ Qu’est-ce qu’une routine d’écriture ?

La routine d’écriture est une série d’activités plus ou moins liées à l’écriture. Elle permet de s’entraîner régulièrement et de se mettre en condition pour écrire. Elle a pour but de préparer le corps et l’esprit à écrire dans de bonnes conditions et à être efficace.

Je compare souvent l’écriture à une course de fond. Comme pour un marathon, pas question de partir sans préparation et sans échauffement. Mais la routine d’écriture se fait à la fois pour préparer la séance qui va suivre, mais aussi pour conditionner le corps et l’esprit à écrire sur la durée. D’ailleurs, comme tout sport, dès que l’on arrête trop longtemps, il faut plusieurs jours pour se remettre en forme, et retrouver un rythme d’écriture normal.

La routine d’écriture peut prendre des formes différentes en fonction des personnes. Mais je dirais qu’elle se divise en deux parties : la préparation physique, comme pour un athlète, et la partie mentale… comme pour un athlète ! En fait, les deux sont indispensables et indissociables.

B/ S’organiser pour mettre en place une routine d’écriture

1/ Programmer des séances d’écriture

Comme tout exercice, activité, il faut arriver à trouver le temps pour la pratiquer. Il est donc impératif de mettre en place des séances d’écriture à des horaires et à des intervalles réguliers. Comme nous l’avons vu dans l’article sur les motivations pour écrire, rares sont les écrivains qui vivent de leur plume. Ainsi, la plupart exercent une deuxième, voire plusieurs activités. D’autres écrivent simplement comme un loisir. Qu’importe, dans tous les cas, il faut arriver à s’organiser pour dégager du temps pour écrire. Alors, évidemment, en fonction des objectifs d’écriture que l’on s’est fixé, de ses motivations, et des différentes contraintes auxquelles on doit faire face, les solutions ne seront pas les mêmes. Il existe cependant des constantes que nous allons passer en revue :

2/ Combien de temps par séance ?

Il faudrait pouvoir consacrer une durée minimale d’au moins deux à trois heures par jour, et ce, de manière régulière pour pouvoir espérer arriver au bout de l’écriture d’un roman. Sans anticiper sur les objectifs d’écriture, il est raisonnable de penser de consacrer – dans l’idéal – au minimum une heure par page d’écriture pour le premier jet, une autre heure pour le deuxième ; et presque autant pour les corrections. Cela signifie que l’écriture d’un roman de 300 pages nécessite grosso modo 6 mois d’écriture à plein temps ! C’est une estimation, bien évidemment, mais qui est assez réaliste.

Honnêtement, je suis très dubitatif des personnes qui arrivent à écrire un roman à partir de textos pendant leur temps de transports… Je dois dire qu’il me faut au moins une heure de préparation et au minimum deux heures d’écriture pour arriver à être réellement productif. Donc si l’on veut arriver à écrire un roman, il faut pouvoir y consacrer au minimum 15 à 20 heures par semaine pendant plusieurs mois. L’écriture d’un roman demande un énorme investissement en temps. Il faut bien en avoir conscience.

3/ Quand programmer sa routine d’écriture ?

En fonction des personnes, et surtout à cause des contraintes, le moment de ces séances peut varier. Personnellement, je trouve que l’heure idéale pour écrire est le matin. Le plus tôt possible. Parce que l’esprit est disponible. Les neurones ne sont pas encore surchargés des problèmes de la journée. Ces dernières ont tendance à polluer et à venir interférer avec les idées d’écriture et freiner la concentration, voire bloquer l’écriture.

Certains préfèrent écrire la nuit, parce que tout est tranquille, et qu’il n’y a pas non plus trop d’agitation. À chacun de voir.

4/ À quelle fréquence ?

Il n’y a pas forcément de règle, mais encore une fois l’idéal est de pouvoir programmer une séance par jour, ou presque. Comme cela, l’esprit reste encore imprégné des personnages et des situations de la veille. Et se replonge rapidement dans l’histoire que l’on est en train d’écrire ou d’imaginer. En effet, chaque coupure nécessite une remise en route qui va prendre d’autant plus de temps qu’elle a été longue pour se remettre dans le bain.

5/ Comment faire pour se dégager du temps ?

Vous vous dites peut-être que vous n’arriverez jamais à dégager autant de temps. Mais c’est justement une des raisons pour mettre en place une routine d’écriture, modeste au début et la faire grossir progressivement. Encore une fois, on ne court pas un marathon du jour au lendemain. Si l’on part de zéro, on va commencer par courir 30 minutes par exemple 2 fois par semaine. Puis on va progressivement augmenter les durées et les fréquences. Sachant que la régularité est ce qui compte le plus. Pour l’écriture, on peut dire que c’est pareil.

Donc, si vous partez de zéro, je vous conseille de dégager 30 minutes au moins deux ou trois fois par semaine à l’écriture, et de mettre en place la routine dont je vous parle ci-dessous. Puis au fur et à mesure et en fonction de votre motivation, vous augmentez progressivement la durée, en fonction de vos possibilités, évidemment. Et quand vous arrivez à 3 ou 4 heures par jour, et que votre emploi du temps ne suffit pas, vous serez peut-être amené à faire des choix plus drastiques, comme prendre un emploi à mi-temps, un congé, ou pourquoi pas un congé sabbatique. L’écriture demande un véritable engagement. Je le compare parfois à une voie spirituelle. En tout cas, cela demande un gros investissement en temps, mais aussi en concentration, en énergie, en motivation. Il ne faut pas s’y tromper.

S'organiser pour sa routine d'écriture
S’organiser pour sa routine d’écriture

C/ Le contexte de la routine d’écriture :

L’environnement joue un rôle primordial. Quand je parle d’environnement, j’entends la condition physique, mais aussi l’environnement de travail lui-même.

Comme tout sportif la condition physique est primordiale, tous les athlètes de haut niveau vous le confirmeront. Or, l’écriture s’apparente à une course de fond sur plusieurs heures dans une journée, mais aussi sur de nombreux jours. Autant que le corps soit dans la meilleure condition possible, afin que le cerveau puisse donner le meilleur de lui-même.

1/ La condition physique et mentale pour sa routine d’écriture

a) Bien dormir

Cela paraît peut-être évident, mais écrire quand on est fatigué, et qu’on a envie de dormir, est extrêmement difficile.

b) Avoir une alimentation saine et équilibrée

Il est important d’avoir une alimentation saine, pas trop lourde, pas trop grasse. Certains aliments favorisent la concentration et les autres vont provoquer des somnolences. Par exemple, il est préférable d’étaler la prise de glucide tout au long de la journée, et d’éviter les sucres rapides. D’autre part, il est important d’avoir une alimentation variée, riche en vitamines et en omega 3, de privilégier les fruits et les légumes, et de consommer des légumineuses qui ont l’avantage d’avoir un index glycémique faible. Chacun adaptera évidemment en fonction de ses habitudes alimentaires, mais il faut être bien conscient de l’impact des aliments sur la concentration.

c) Pratiquer un sport,

Les neurones qui composent le cerveau ont besoin d’oxygène pour fonctionner de manière optimale. C’est pourquoi, en dehors de l’impact global évident sur la santé, il est important de pratiquer un sport régulièrement. Et même de faire un petit échauffement corporel avant chaque séance, afin de booster l’oxygénation du corps et des cellules neuronales.

d) Pratiquer la méditation.

La méditation permet de se rendre disponible. En laissant passer les pensées, on se rend ouvert pour accueillir les nouvelles idées qui peuvent se présenter. C’est en faisant le vide, que l’on peut se remplir de choses nouvelles. Sans faire de la place, nous serons toujours remplis de nos anciennes pensées. C’est un peu comme faire le ménage dans ses pensées. Il ne reste plus que celles qui sont importantes.

Parfois, des idées d’écriture viennent en méditation. Mais je ne m’y accroche pas. Je les note éventuellement dans un coin de ma mémoire. Attention, je ne fais pas de méditation avec l’objectif de réfléchir à mon écriture pendant ma méditation. Mais bien celui de me vider la tête et d’être disponible.

2/ Avoir un cadre de travail tranquille

Il est important d’avoir un coin tranquille où l’on n’est pas dérangé pouvoir se concentrer pleinement à ce que l’on fait. Rien de plus irritant que d’être sans cesse dérangé et interrompu quand on est en train d’écrire. Ce n’est pas toujours facile à réaliser, mais il me paraît essentiel d’arriver à se ménager un coin isolé et tranquille où l’on peut écrire.

Certains aiment bien écrire au café à cause de l’ambiance, pourquoi pas, d’autres préfèrent un bureau fermé. Toujours est-il qu’il est important d’avoir un endroit où l’on se sente bien, où l’on soit confortablement installé.

3/ Faire des pauses

Le cerveau ne peut supporter des périodes de concentration de manière continue sans avoir une baisse d’efficacité. C’est pourquoi il est conseillé de faire des pauses régulières. De bouger un peu pendant ces pauses. De s’oxygéner, de boire. Cela peut paraître accessoire, ou évident. C’est en tout cas vital. Je vous recommande la technique pomodoro : des séances de 20 ou 25 minutes entrecoupées de pauses de 5 minutes, puis une plus grande pause au bout de 4 ou 5 séances. Il existe des applications, ou des sites, ou un simple minuteur suffit !

B/ La routine d’écriture proprement dite :

Alors maintenant que l’on a tout mis en place, on fait quoi ? On ne peut pas se mettre à rédiger directement. Et puis écrire peut prendre des formes diverses et variées. Nous traitons principalement ici de l’écriture de roman. Mais cela pourrait s’appliquer à d’autres formes d’écriture. Parce que l’écriture se prépare, d’une part sur la durée, d’autre part, sur la journée.

Alors c’est sûr que l’écriture d’un poème est plus spontanée, plus légère, pas forcément plus facile. Et ce n’est pas pour autant qu’il ne faut pas se mettre en condition pour pouvoir en écrire.

1/ Écrire un journal intime

Écrire un journal intime
Écrire un journal intime – Image par kinkate de Pixabay

Je commence toujours par l’écriture de mon journal de bord. Ce sont mes « réflexions pendant l’écriture » que je tiens depuis des années. Avec plus ou moins d’assiduité. Mais quand je suis en phase d’écriture ou de préparation, je ne manque pas une journée d’écrire dans ce journal. C’est comme une sorte d’échauffement, de mise en route de mes neurones et de mes idées. Je note tout ce qui passe, dans l’ordre où cela vient. Cela peut aller de ce que je viens de faire, à ce qui vient de se passer dans ma vie, cela peut-être des détails anodins, ou des événements significatifs, cela peut être directement des idées de scène ou d’écriture, ou des maximes, des aphorismes. Tout absolument tout et sans censure. Il est important de pouvoir tout se dire… en tout cas à soi-même.

D’ailleurs des fois, je me fais des questions réponses, je me parle à moi-même. Je me fais des dialogues tout seul.

Je considère qu’un journal intime, ou un journal de bord, comme je préfère l’appeler, est à la base de l’écriture. C’est le vivier, l’entraînement, la source, le réservoir à idée, le terrain d’entraînement de l’écrivain. De Kafka à Virginia Woolf, en passant pas Anaïs Nin et André Gide, de nombreux écrivains ont écrit un journal intime parallèlement à leurs ouvrages.

2/ Avoir un carnet de notes.

Quelle forme doit avoir ce carnet ? C’est à chacun de voir, cela peut-être un carnet physique, pour ceux qui veulent rester proche de la matière de papier et de l’encre, ou bien un fichier sur un ordinateur, ce qui est quand même le plus pratique. Cela peut aussi être un carnet de notes. Mais attention, le carnet de note en lui-même est quelque chose de différent. Mais il vient en complément du journal, et dans les temps qui sont en dehors de la routine proprement dite. Il est par contre indispensable pour pouvoir noter des phrases, des idées, des impressions des personnages.

3/ Participer à des ateliers d’écriture.

Participer à un atelier d’écriture est l’occasion privilégiée, je dirais même idéale pour mettre en place une routine d’écriture. Il faut évidemment avoir le temps à y consacrer. Mais le contexte d’un atelier d’écriture est tout à fait propice à trouver la motivation pour mettre en place une routine régulière d’écriture.

4/ Tenir une correspondance, écrire sur les réseaux, communiquer

Qui établit encore une relation épistolaire avec des proches ou des amis ? Il est loin le temps de la correspondance enflammée entre Georges Sand et Alfred de Musser. En tout cas, c’était une formidable manière d’écrire, et un genre à part entière.

Rien n’empêche de tenter le même exercice sur les réseaux sociaux. C’est bien moins poétique, il faut l’avouer, mais cela permet quand même de s’entraîner à exprimer ses idées et ses sentiments.

C/ Savoir sortir de sa zone de confort

La routine d’écriture, c’est bien. C’est même indispensable. Mais cela ne doit pas devenir un frein et une contrainte. C’est pour cela qu’il faut également être capable de sortir de sa zone de confort. À force d’habitude, on peut se sentir bien dans une situation, mais peut devenir bloquante. Déjà, si on s’est fixé un calendrier, mais qu’on ne peut pas l’appliquer pendant un jour ou deux, il ne faut pas se flageller pour autant, ni se mettre Martel en tête. Certaines fois, il sera utile et profitable de changer un élément de cette routine. Comme par exemple changer l’environnement et l’endroit où l’on travaille.

Quand on écrit régulièrement, cette activité risque de devenir une véritable obsession. C’est comme si notre cerveau avait l’écriture en tâche de fond, qui ne s’arrêtait jamais. Toute une partie du travail d’écriture est souterrain et invisible. Comme la graine que l’on met à germer. Ou une plante qui pousse pendant la nuit alors que l’on ne la regarde pas. Mais il faut nourrir ce processus, sinon il va s’épuiser, il va finir par s’arrêter au fil des jours. Il faut bien récolter, comme on récolte le sel des marais salants, après le passage du soleil, et c’est le travail de rédaction. Mais c’est un travail délicat, et ne prendre que ce qui est mûr, ne pas vouloir trop récolter parce que l’on veut faire de la quantité.

Dites-moi dans les commentaires si vous tenez régulièrement un journal intime ? À quelle fréquence ? Ou si vous avez une autre routine d’écriture ?

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